AGRICULTURE
Agriculture biologique : résultats et tendances 2024-2025
Le marché du bio se stabilise mais reste sous tension. L'édition 2025 des Références Économiques en Agriculture Biologique, publiée par Cerfrance et l'Atelier des Études Économiques, dresse un bilan nuancé des résultats 2024 : des exploitations globalement solides, mais des disparités importantes entre filières et des signaux contrastés pour 2025.
Publié le 24.06.2026
À retenir
- Un marché en stabilisation, mais une redistribution structurelle des circuits de distribution au détriment des GMS et au profit des circuits courts et spécialisés.
- Des exploitations globalement solides, mais 20 % des producteurs en revenu négatif et de fortes disparités entre filières, la viticulture et le lait en tête, le maraîchage et les grandes cultures en difficulté.
- Des signaux de reprise timides en 2025 pour le lait et les légumes, mais une vigilance s'impose pour les céréales et les œufs, dont les équilibres offre/demande restent précaires.
Un marché qui se stabilise à 12 milliards d'euros
En 2024, le marché du bio progresse modestement de 0,8 % en valeur, à 12,2 milliards d'euros, sous l'effet d'une légère érosion des volumes (-1,1 %) partiellement compensée par une hausse des prix à la consommation (+1,9 %).
La grande distribution n'est plus le moteur du bio. Entre 2022 et 2024, le nombre de références bio en GMS a diminué de 22 %, et leur part dans la distribution est passée de 52 % en 2020 à moins de 45 % en 2024. Les consommateurs occasionnels se tournent vers d'autres labels jugés plus accessibles (zéro pesticide, lait de pâturage, plein air…).
À l'inverse, les circuits courts (+7,4 %) et les magasins spécialisés (+6,9 %) progressent, portés par les consommateurs convaincus. La restauration hors foyer avance également (+8 %), mais reste marginale avec seulement 7 % des ventes, loin des 20 % fixés par la loi Egalim.
Des exploitations solides, mais un revenu moyen sous pression
Malgré la crise de surproduction, les exploitations biologiques présentent en moyenne une situation financière saine : taux d'endettement de 52 % et trésorerie nette globale de 31 200 €. Le résultat courant par unité de travail familial (UTHF) s'établit à 26 100 €.
Ces exploitations sont diversifiées : 54 % disposent d'un atelier grandes cultures, 40 % d'un troupeau laitier, 23 % d'un atelier allaitant. En moyenne, elles mobilisent 2,44 UTH sur une SAU de 109 hectares.
Toutefois, cette moyenne masque de fortes disparités. L'écart de revenu entre les maraîchers (les plus fragiles) et les producteurs laitiers (les mieux lotis) atteint 35 000 €. Et 20 % des exploitants affichent un revenu négatif.
Filière par filière : des situations très contrastées
Viande bovine : revenus soutenus, mais filière fragilisée
La pénurie de bovins dans la filière conventionnelle soutient temporairement les prix et les revenus des éleveurs allaitants bio (résultat courant : 23 600 € par UTHF). Mais les abattages de gros bovins reculent (-11 % pour les allaitants en 2024), les conversions sont à l'arrêt, et 73 % de la valeur ajoutée dépend des aides PAC. Dans 30 % des élevages, la valeur ajoutée est inférieure aux aides perçues.
Lait : résistance face à la surproduction
La filière laitière subit de plein fouet la surproduction : 30 % des volumes collectés sont déclassés en conventionnel, la plus-value bio a été divisée par deux en quatre ans et le chiffre d'affaires de la filière est revenu à son niveau de 2018. Pourtant, les producteurs résistent : résultat courant à 29 600 € par agriculteur, trésorerie nette de 32 800 €. Les premiers mois de 2025 laissent entrevoir un début de retournement, avec une baisse des volumes déclassés pour la première fois depuis 2021.
Œufs : filière sous restructuration
La consommation d'œufs progresse (+2 % en 2024, +4 % au 1er semestre 2025), l'œuf restant la protéine animale la plus abordable. Mais le bio perd des parts de marché au profit des œufs plein air (part du bio passée de 14 % en 2021 à 10 % aujourd'hui). Les aviculteurs bio affichent un résultat courant modeste de 15 700 €, et près de 40 % des exploitations sont déficitaires. La dépendance aux achats d'aliments 100 % bio reste un point de fragilité majeur.
Viticulture : la filière bio la plus dynamique
Seule filière à atteindre les objectifs de la loi Egalim, la viticulture bio dépasse 20 % des surfaces du vignoble français. Les ventes de vin bio progressent de 8 % tous circuits confondus, tirées par les cavistes (+13 %) et la vente directe (+10 %). Le résultat courant atteint 87 300 € par UTHF, pour un capital d'exploitation moyen de 1 041 600 €. Le vin bio en vrac reste structurellement excédentaire, poussant la filière à se tourner vers l'export.
Légumes : retour au niveau d'avant-crise, mais revenus insuffisants
La consommation de légumes bio retrouve en valeur son niveau d'avant-crise, essentiellement portée par la vente directe et les circuits spécialisés (moins de 30 % en GMS). Mais le résultat courant moyen des maraîchers ne s'élève qu'à 11 400 €, et 30 % des exploitations ne dégagent aucun revenu. Les petites structures en circuit court tirent leur épingle du jeu ; les grandes exploitations approvisionnant les GMS quittent la filière.
Grandes cultures : une filière sous pression climatique et structurelle
La filière céréalière bio est structurellement excédentaire depuis la récolte 2021. La récolte 2024 a été particulièrement difficile : sans produits phytosanitaires, les rendements des céréales à paille ont parfois été divisés par deux. Le résultat courant moyen s'établit à 15 500 € par exploitant, en baisse de 24 300 € par rapport à 2023. En 2024, les surfaces de grandes cultures bio ont reculé de 12 %, notamment dans le Sud-Ouest. La récolte 2025 s'annonce excédentaire, ce qui devrait peser à nouveau sur les prix.