Publié le 24.06.2026
Trois décrets du 12 juin 2026, publiés au Journal officiel du 13 juin, viennent préciser les modalités d'application de l'article 81 de la loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) pour 2026. Ces textes réforment en profondeur le régime des arrêts de travail, avec des impacts concrets pour les employeurs dès le 1er septembre 2026 et d'autres à compter de janvier 2027.
À retenir
- Durée plafonnée dès le 1er septembre 2026 : tout arrêt maladie prescrit à partir de cette date sera limité à 31 jours pour une première prescription et 62 jours par prolongation. Les arrêts en cours ne sont pas concernés.
- Contrôles renforcés : le motif de l'arrêt devient obligatoire sur la prescription, et le médecin peut solliciter l'avis du contrôle médical de l'Assurance maladie dès 3 mois de renouvellement continu.
- AT/MP : indemnisation plafonnée à 4 ans à partir de 2027 : pour tout accident du travail ou maladie professionnelle survenant à compter du 1er janvier 2027, les indemnités journalières ne pourront plus être versées au-delà de 4 ans.
Pourquoi cette réforme ?
Le coût des arrêts de travail pèse lourdement sur les finances de la Sécurité sociale, chiffré à 18 milliards d'euros par an avec une progression d'un milliard supplémentaire chaque année. C'est dans ce contexte que la LFSS 2026 a instauré un encadrement structurel des prescriptions, déployé en plusieurs étapes.
1. Plafonnement de la durée des arrêts maladie (à compter du 1er septembre 2026)
C'est la mesure phare. Jusqu'à présent, la durée des arrêts de travail n'était pas soumise à un plafonnement légal. Le décret du 12 juin 2026 crée l'article R.162-1-7-1 au code de la sécurité sociale qui limite la durée des arrêts et des prolongations prescrits à compter du 1er septembre 2026 : la durée d'un arrêt maladie ne pourra plus dépasser 31 jours pour la première prescription et chaque prolongation d'arrêt ne pourra pas dépasser 62 jours.
Ces plafonds s'appliquent à tous les professionnels de santé habilités à prescrire : médecins, chirurgiens-dentistes et sages-femmes.
Important : les plafonds s'appliquent uniquement aux arrêts de travail et aux prolongations prescrits à compter du 1er septembre 2026. Les arrêts en cours à cette date ne sont pas concernés.
Des dérogations restent possibles : le médecin prescripteur peut déroger à ces plafonds lorsqu'il justifie, sur la prescription, de la nécessité d'une durée plus longue au regard de la situation du patient, en considération, lorsqu'elles existent, des recommandations établies par la Haute Autorité de santé.
Ces plafonds ne s'appliquent pas à Mayotte.
2. Motif de l'arrêt obligatoire sur la prescription
À partir du 1er septembre 2026, les médecins devront obligatoirement indiquer le motif de l'arrêt sur la prescription, à des fins de contrôle par l'Assurance maladie.
3. Renforcement du contrôle médical pour les arrêts longs
Le décret n° 2026-499 fixe la durée de renouvellement d'un arrêt de travail à compter de laquelle le prescripteur peut solliciter l'avis du service du contrôle médical de l'Assurance maladie : ce seuil est fixé à trois mois, à compter du 1er septembre 2026.
Les contrôles se poursuivront en 2026, avec une attention particulière portée aux arrêts longs, aux arrêts prescrits en téléconsultation, aux arrêts courts répétés et aux situations de nomadisme médical.
4. Arrêts prescrits en téléconsultation : toujours limités à 3 jours
Cette règle est déjà en vigueur. La durée des arrêts de travail prescrits en téléconsultation est limitée à trois jours. Si l'état de santé de l'assuré ne s'améliore pas au-delà de cette période, il est nécessaire qu'il puisse être examiné physiquement par un médecin. Cette limitation ne s'applique pas si l'arrêt est prescrit par le médecin traitant ou la sage-femme référente.
5. Plafonnement des IJSS en cas d'AT/MP : à compter du 1er janvier 2027
Le décret n° 2026-501 plafonne à 4 ans la durée maximale pendant laquelle l'indemnité journalière est versée à la victime en cas d'arrêt de travail faisant suite à un accident du travail ou d'une maladie professionnelle. En cas d'interruption suivie de reprise du travail, l'indemnité journalière peut être servie pendant une nouvelle période maximale de 4 ans, si l'activité a été reprise pendant une durée d'au moins un an.
Ces dispositions sont applicables aux indemnités journalières versées aux victimes dont le sinistre est intervenu à compter du 1er janvier 2027.
Ce qui ne change pas
Le montant des IJSS (41,95 €/jour maximum pour les arrêts prescrits à compter de février 2026) et le délai de carence de 3 jours restent inchangés. Le calcul des IJSS reste également le même.
Pour les employeurs, le plafonnement ne modifie pas les obligations de maintien de salaire.
Ce que cela implique concrètement pour les dirigeants d'entreprises
Des arrêts initiaux limités à 31 jours signifient davantage de renouvellements à suivre. Votre fonctionnement doit être plus réactif : anticipez les échéances et assurez-vous de recevoir les prolongations à temps pour ne pas avoir de trous dans la paie. Des consultations médicales plus fréquentes offrent aussi plus de points de contact pour activer des dispositifs de retour à l'emploi : visite de pré-reprise, temps partiel thérapeutique, coordination avec le médecin du travail.
Ces nouvelles règles concernent l'ensemble des assurés du régime général et du régime des salariés agricoles (MSA). Nos spécialistes en droit social de Cerfrance GO sont à votre disposition pour vous accompagner dans la gestion de l'absentéisme et la mise en conformité de vos pratiques RH.