PREVENTION & SECURITE
Document unique d’évaluation des risques (DUERP) : ce que tout dirigeant doit savoir
Le Document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) est obligatoire dès l’embauche du premier salarié. Il formalise les résultats de l’évaluation des risques pour la santé et la sécurité des travailleurs et doit refléter les situations réelles de travail.
Le DUERP n’est pas une simple formalité administrative : c’est un outil de prévention. L’évaluation doit déboucher sur des actions concrètes, adaptées à votre entreprise, et évoluer avec elle. Qu’est-ce que le DUERP ? Que doit-il contenir ? Quand le mettre à jour ? Quelles sanctions en cas d’absence ? Voici les règles de la réglementation à connaître en 2026.
La logique à retenir
Situation de travail → danger → risque → personnes exposées → évaluation et classement des risques → mesures de prévention → suivi → actualisation.
Ce qu’il faut retenir
- Le DUERP est obligatoire dès l’embauche du premier stagiaire, quelle que soit la taille ou l’activité de l’entreprise.
- L’évaluation des risques relève de la responsabilité de l’employeur.
- Les risques sont recensés par unité de travail, à partir des conditions réelles d’exposition.
- Le DUERP doit déboucher sur des actions de prévention et de protection : il n’est pas une fin en soi.
- Dans les entreprises d’au moins 11 salariés, il est mis à jour au moins une fois par an. Dans toutes les entreprises, il doit aussi être actualisé lors d’un aménagement important ou lorsqu’une information nouvelle sur un risque parvient à l’employeur.
- Les versions successives doivent être conservées au moins 40 ans.
- Depuis le 27 juin 2026, l’absence de DUERP peut donner lieu, alternativement à la sanction pénale, à un avertissement ou à une amende administrative pouvant atteindre 4 000 € par travailleur concerné, dans les conditions prévues par le Code du travail.
Qu’est-ce que le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) ?
Le DUERP est la transcription des résultats de l’évaluation des risques professionnels. Il répertorie les risques auxquels les travailleurs sont exposés et contribue à la traçabilité collective de ces expositions. Au-delà de l’obligation légale, c’est un outil de pilotage utile pour améliorer la qualité de vie au travail.
Il doit évoluer avec l’entreprise : activités, équipements, produits, locaux, organisation du travail, effectifs et conditions de réalisation du travail.
Que doit contenir le DUERP ?
Le Code du travail impose d’y transcrire les résultats de l’évaluation, sous la forme d’un inventaire des risques identifiés dans chaque unité de travail. L’unité de travail ne se confond pas nécessairement avec un poste : elle regroupe des situations dans lesquelles des travailleurs sont exposés à des risques comparables. Le contenu du DUERP doit permettre de retrouver :
- les unités de travail retenues et les situations de travail observées
- les dangers et risques identifiés
- les travailleurs ou groupes de travailleurs exposés
- les critères d’évaluation et de hiérarchisation retenus
- les mesures de prévention déjà existantes
- les actions complémentaires à mettre en œuvre et leur suivi
- le cas échéant, les données collectives utiles relatives à certaines expositions professionnelles
L’évaluation tient notamment compte des équipements, des substances ou préparations chimiques, des aménagements, des procédés, de l’organisation et des postes de travail, ainsi que de l’impact différencié de l’exposition au risque en fonction du sexe. Selon l’activité, elle peut porter sur les machines, les chutes, le risque routier, le risque électrique, les produits chimiques, le bruit et les vibrations, les manutentions et troubles musculosquelettiques, les risques psychosociaux, les fortes chaleurs ou l’organisation du travail.
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Qui participe à l’élaboration du DUERP ?
L’employeur demeure responsable de l’évaluation des risques. Il ne travaille toutefois pas nécessairement seul : plusieurs acteurs peuvent être associés à la démarche.
- Le CSE et, lorsqu’elle existe, la CSSCT : ces représentants du personnel contribuent à l’évaluation, et le CSE est consulté sur le DUERP et ses mises à jour.
- Le ou les salariés compétents en prévention, s’ils ont été désignés.
- Le service de prévention et de santé au travail (SPST), dont les professionnels de santé (médecin du travail, infirmiers en santé au travail) apportent un regard précieux sur les expositions.
- Les salariés, dont l’expérience du travail réel est précieuse pour repérer les situations d’exposition.
- Le cas échéant, des intervenants ou organismes compétents en prévention.
Point de vigilance
Associer les salariés ne transfère jamais la responsabilité de l’évaluation : elle reste à la charge de l’employeur.
Une fois les risques évalués, que doit faire l’employeur ?
- Procéder au classement des risques afin d’identifier les priorités.
- Définir des mesures de prévention, en privilégiant la suppression du risque et la protection collective avant la protection individuelle.
- Planifier les actions : responsable, moyens, échéance et, lorsque c’est pertinent, indicateur de résultat.
- Mettre en place les mesures décidées.
- Vérifier leur efficacité et réévaluer le risque résiduel.
- Actualiser le DUERP et la liste ou le programme d’actions lorsque cela est nécessaire.
Entreprises de moins de 50 salariés : les résultats de l’évaluation débouchent sur la définition d’actions de prévention et de protection. La liste de ces actions est consignée dans le DUERP et ses mises à jour.
Entreprises de 50 salariés et plus : l’évaluation débouche sur un programme annuel de prévention des risques professionnels et d’amélioration des conditions de travail (PAPRIPACT), comprenant notamment les mesures prévues, leurs conditions d’exécution, des indicateurs, une estimation du coût, les ressources mobilisables et un calendrier.
Quand mettre à jour le DUERP, et à quelle fréquence ?
Dans les entreprises d’au moins 11 salariés
Mise à jour au moins une fois par an, en plus des mises à jour déclenchées par un changement important ou une information nouvelle sur un risque. Elle permet de vérifier que les risques identifiés correspondent toujours à la réalité de l’entreprise et que les mesures de prévention sont adaptées.
Dans les entreprises de moins de 11 salariés
Il n’existe pas d’obligation de mise à jour annuelle systématique sauf disposition conventionnelle contraire. Le document doit toutefois être actualisé lorsqu’une décision d’aménagement important modifie les conditions de santé et de sécurité ou de travail, ou lorsqu’une information supplémentaire intéressant l’évaluation d’un risque est portée à la connaissance de l’employeur.
Dans quelles situations faut-il réévaluer les risques ?
- Réorganisation d’un atelier ou d’un poste.
- Introduction d’un nouveau procédé, produit, équipement ou d’une nouvelle technologie.
- Modification importante des horaires ou de l’organisation du travail.
- Accident, incident ou « presque accident » révélant un danger ou une exposition mal évaluée.
- Retour d’expérience des salariés.
- Évolution des connaissances sur un risque professionnel.
Une embauche ou un nouveau matériel impose-t-il automatiquement une mise à jour ?
Non, pas automatiquement. Le bon réflexe : cette évolution modifie-t-elle les conditions de travail, crée-t-elle un nouveau risque ou change-t-elle l’exposition des travailleurs ? Si oui, l’évaluation doit être revue et le DUERP actualisé.
Absence, défaut de mise à jour ou DUERP insuffisant : quels risques pour l’employeur ?
Une contravention de 5e classe pour défaut de transcription ou de mise à jour
Le défaut de transcription ou de mise à jour des résultats de l’évaluation est puni de l’amende prévue pour les contraventions de 5e classe : jusqu’à 1 500 € pour une personne physique et 7 500 € pour une personne morale. Ces montants peuvent être doublés en cas de récidive.
Depuis le 27 juin 2026 : une sanction administrative en cas d’absence de DUERP
Alternativement à la sanction pénale, l’autorité administrative peut, sur rapport de l’inspection du travail et sous réserve de l’absence de poursuites pénales, adresser un avertissement ou prononcer une amende. Pour l’absence de DUERP, le plafond peut atteindre 4 000 €, appliqué autant de fois qu’il y a de travailleurs concernés. Il est doublé en cas de nouveau manquement de même nature dans un délai de deux ans.
Au-delà de l’amende : l’obligation de sécurité
Un DUERP absent, obsolète ou trop générique peut fragiliser la démonstration de la démarche de prévention de l’employeur, notamment après un accident du travail ou une maladie professionnelle. L’enjeu est de pouvoir démontrer une évaluation adaptée au travail réel et suivie d’actions concrètes. Le DUERP est une démarche continue, pas un document que l’on crée une fois pour toutes.
Conservation, accès et portail numérique : où en est-on en 2026 ?
Combien de temps faut-il conserver le DUERP ?
Le DUERP et ses versions successives sont conservés pendant au moins 40 ans à compter de leur élaboration. Il ne faut donc jamais écraser une ancienne version lors d’une mise à jour.
Qui peut consulter le DUERP ?
- Les travailleurs et anciens travailleurs, pour les versions correspondant à leur période d’activité.
- Les membres de la délégation du personnel du CSE.
- Le service de prévention et de santé au travail.
- Les agents de l’inspection du travail.
- Les agents des services de prévention des organismes de sécurité sociale.
- Les organismes et agents expressément habilités par les textes, notamment en matière de radioprotection.
Le portail numérique DUERP est-il opérationnel en 2026 ?
Le Code du travail prévoit toujours le dépôt dématérialisé des versions successives du DUERP sur un portail numérique. Actuellement, il n'est pas encore disponible. Jusqu’à l’entrée en vigueur effective de cette obligation, l’employeur conserve les versions successives au sein de l’entreprise, sous format papier ou dématérialisé.